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Compte rendu de l’Atelier Experts « Innovation et International » BDN du 08 juillet 2014

C’est parti pour le deuxième Atelier Experts du Club BDN ! Ce mardi matin, les deux interventions au programme portaient sur la thématique « Innovation & International ». L’occasion pour deux spécialistes du sujet, F-Iniciativas et All Winds, de présenter les enjeux liés à ces deux leviers de croissance pour les entreprises.

Rolf EBARA, F-Iniciativas : « Le Crédit Impôt Recherche (CIR) reste la première source de financement des entreprises innovantes »

Je traite de problématiques de financement depuis une dizaine d’années : j’ai débuté ma carrière chez BNP Paribas, où j’ai traité les problématiques de financement des entreprises, tant à l’échelle locale qu’internationale. En rejoignant F-Iniciativas, société d’ingénieur experte en financement de l’innovation, je me suis réorienté vers le financement des entreprises appliqué à la R&D et à l’innovation.

Depuis 2013, les entreprises doivent désormais distinguer ce qui relève de la R&D, et ce qui appartient au domaine de l’innovation. Jusqu’ici, la frontière était invisible, et leurs projets  devaient uniquement répondre au standard du dispositif CIR. C’était à la fois plus simple, mais également plus strict, de participer à ce dispositif.
Fin 2012, le gouvernement décidait de supprimer les taux de majoration de 35% et 40% pour les primo-déclarants au CIR, qu’il a ramené à un taux unique de 30 %. Cela a permis de dégager des ressources qui ont été allouées au Crédit Impôt Innovation, en faveur des PME.
Les conditions pour en bénéficier : être une PME au sens communautaire (effectif inférieur à 250 personnes ; chiffre d’affaires inférieur à 50 M€ ; capital social détenu à au-moins 50 % par une personne physique). L’objectif de cette mesure est d’aider les PME à innover.

Un an après l’entrée en vigueur du Crédit Impôt Innovation, force est de constater que les PME ne se sont pas précipitées… Leur principale crainte est de voir leurs projets jusqu’ici valorisés grâce au CIR, basculer vers le CII, donc être moins bien valorisés (20% au-lieu de 30%). De plus, le risque d’une exposition plus importante aux contrôles fiscaux au titre du CIR et du CII, décourage les décideurs. Enfin, le dispositif étant nouveau, il n’y a pas encore de retour d’expérience probant.
Le CII a d’abord été bien accueilli par les PME : enfin un dispositif qui leur était spécialement dédié. Mais les difficultés d’articulation et d’interprétation entre les deux dispositifs, parfois pour un même projet, ont semble-t-il complexifié la démarche.

Dans son dernier rapport daté du 27 juin 2014, l’OCDE pointait des lacunes du système de financement de la R&D en France. Après avoir reconnu l’investissement de la France dans la R&D, via le Crédit Impôt-Recherche (qui représente 5 milliards d’euros dans le budget de la nation), l’OCDE a relevé 3 grandes faiblesses :

  1. la faible implication des universités dans la recherche publique et le fait que la R&D ne soit pas suffisamment orientée vers l’excellence ;
  2. la fiscalité trop lourde pesant sur les entreprises ;
  3. le système de financement de la R&D tel qu’il fonctionne aujourd’hui favorise les grandes entreprises, au détriment des PME et ETI.

Quels sont les objectifs du Crédit Impôt Innovation ?

  • Accroître la compétitivité des PME
  • Accompagner les PME dans leurs efforts d’innovation.

Le Crédit Impôt Innovation est une extension du CIR, il relève donc également d’un principe déclaratif. Son taux est fixe et égal à 20% des dépenses engagées par l’entreprise, dans la limite d’un plafond de dépenses éligibles de 400 000 € par an, ce qui revient à un CII maximal de 80 000 € par an et par entreprise.
Il est mis en œuvre sur la base d’une extension du Crédit Impôt-Recherche, une imputation de l’IS ou une restitution immédiate.
Pour être éligible, la PME doit être innovante, concevoir des prototypes de nouveaux produits ou des installations-pilotes de nouveaux produits corporels ou incorporels (les opérations doivent avoir été engagées à partir du 1er janvier 2013, les dépenses engagées dans la phase de recherche retenues par le CIR ne sont pas retenues pour le CII).
Le point essentiel est que le produit ou la solution présente des performances supérieures à celles du marché. Il en est tout autrement du CIR, qui a pour référence l’état de l’art.

L’objectif du Crédit Impôt Recherche est que la France consacre 3% de son PIB à la R&D, qu’il s’agisse de la recherche fondamentale, la recherche appliquée (on applique les ressources de la recherche fondamentale à des fins économiques) ou au développement expérimental.
En pratique, le Crédit Impôt Recherche consiste en une réduction d’impôt calculée sur la base des dépenses engagées en R&D. Il est déduit de l’IS sous réserve d’éligibilité.
Les critères d’éligibilité du Crédit Impôt Recherche se fondent principalement sur l’état de l’art.
Le point essentiel est de poursuivre une démarche de R&D visant à résoudre les difficultés techniques inhérentes au projet, et dont la résolution ne peut être effective en s’appuyant sur les connaissances scientifiques accessibles au sein de l’état de l’art.
Une démarche s’inscrit dans une boucle itérative incluant des phases d’étude, de test, de validation d’hypothèse,  jusqu’à obtention d’un prototype. Dès lors que l’on passe à une logique de mise en production, on n’est plus éligible.

Le Crédit Impôt Recherche n’est pas plafonné, son taux est de 30%. Pour les dépenses supérieures à 100 M€, le taux est ramené à 5%.

La vocation de la société F-Iniciativas est d’aider les entreprises à comprendre cet univers particulier mêlant plusieurs aspects (technique, fiscal, économique…).
Nous avons 20 ans d’expérience dans ce domaine, une excellente connaissance des contrôles fiscaux et une parfaite maîtrise des process administratifs. Certifiée ISO 9001-2008, la société compte aujourd’hui 420 collaborateurs et 4500 clients dans le monde : nous sommes implantés dans 7 pays (Espagne, France, Portugal, Brésil, Belgique, Canada, Chili). Notre effectif est composé aux ¾ d’ingénieurs et de docteurs. Nous travaillons aux success fees. Membres du Club BDN, nous avons l’habitude de travailler en réseau. Toutes nos interventions commencent par un diagnostic gratuit.

Pour plus d’informations, visitez www.f-iniciativas.fr

Arnaud LEURENT, All Winds : « Accompagner la croissance des entreprises à l’international »

J’ai créé mon premier cabinet de conseil en développement international il y a 4 ans. J’ai repris mon indépendance pour fonder il y a quelques mois All Winds, un cabinet dédié à la stratégie et à l’organisation du développement international qui accompagne les entreprises en croissance, les organisations professionnelles, et territoriales et les fonds d’investissement. La France représente 3,8% du marché mondial. L’entreprise qui a un potentiel mondial et ne cible que la France ne peut donc potentiellement toucher que 3,8% du marché mondial, une donnée qui est bien sûr à pondérer selon les secteurs. Mais l’avenir d’une entreprise innovante, du luxe ou de l’art de vivre à la française (y compris agro-alimentaire)  est résolument à l’international !

Les PME et ETI manquent souvent de vision et ont besoin de structurer leur développement à l’international. Dans les faits, très peu d’entreprises parviennent à réellement trouver des marchés ou s’implanter hors de France. Dans l’imaginaire collectif, l’international est une sorte d’Eldorado, mais risqué et coûteux. Réussir à l’international impose une envie, une vision, une méthodologie… Il ne faut pas croire que se développer à l’international, c’est juste trouver un nouveau client à l’étranger ! C’est souvent le premier pas mais il induit de nombreux changements.

Aborder l’international a en effet de vraies répercussions stratégiques pour l’entreprise : il faut parfois revoir tout son modèle économique et adapter son organisation. Même à l’intérieur de l’entreprise, les rapports de force peuvent parfois s’inverser. Le secteur France peut rapidement être cannibalisé, car l’international peut devenir plus stratégique ou plus rémunérateur. Il faut aussi réussir à gérer l’effet rapide de starification : certains membres de l’entreprise sont mis sous les feux des projecteurs, tandis que ceux qui détenaient jusqu’alors le leadership sont relégués au second plan. Vous l’avez compris, un fort développement international impacte l’humain et donc l’organisation et sa gestion des compétences.

Aborder un nouveau pays, c’est un peu comme créer une nouvelle entreprise : tous les paramètres sont à revoir. Il faut faire de sérieuses études de marché, revoir tout son mix marketing et donc souvent réinventer son offre, son positionnement, son organisation bref toute sa société
Mais la vraie difficulté de l’international est de savoir quel plan d’action mettre en œuvre. Il faut confronter sa vision avec les données du marché, ne pas penser « voyage » en cherchant à faire rimer développement international et tourisme économique mais plutôt se concentrer sur la vraie question « Quand ? mais surtout comment je vais pouvoir gagner de l’argent dans tel ou tel pays ? »
« Combien d’études de marchés, de déplacements, de développements, de recrutements, d’investissements etc. dois-je faire ? » Trop d’entreprises minorent aussi le coût marketing sans même parler du coût juridique qui peut être très élevé dans certains pays comme le Brésil ou la Chine.
Il faut ainsi bien choisir ses pays cibles et ensuite rester constant dans les efforts (les résultats arrivent souvent 18 mois à 3 ans plus tard).

Au final, pourtant, s’internationaliser est souvent moins coûteux que d’acquérir de nouveaux clients en France. En effet, toutes les dépenses d’internationalisation peuvent être couvertes par différentes aides et financements publics, parfois jusqu’à 100%. Ces aides sont souvent des financements ou des avances remboursables mais elles évitent à l’entreprise d’augmenter son BFR et de prendre trop de risques. La France est pour cela très à la pointe avec de très beaux dispositifs comme l’AP Coface ou la BPI mais encore trop peu de Pme et d’ETI les utilisent.

L’internationalisation est aussi une affaire de timing. Pour une entreprise, le moment idéal pour se développer est au delà de 3 ans d’expérience, lorsque la société possède un peu de fonds propres et qu’elle affiche un résultat intéressant. Pour savoir quels marchés cibler, il faut s’intéresser à différents paramètres : la dimension culturelle et la dimension commerciale (si l’on ne comprend pas le modèle économique de la personne que l’on va rencontrer, c’est que l’on n’est pas prêt à se développer dans le pays concerné) ; les taux de douane, les coûts de production locale (par exemple très élevés au Brésil), la réglementation… Il y a une vraie réflexion de fond à avoir pour permettre d’être confiant sur la réussite ou non du projet. Encore une fois, l’implantation ne doit pas être dictée par la seule « envie de ». En outre, le choix du mode d’implantation n’est pas neutre et ne doit pas être envisagé qu’en termes de coût (agent, bureau…). Autre erreur à éviter, trop d’entreprises se reposent sur les VIE (volontariat international en entreprise). Or, ce n’est souvent pas, sauf cas exceptionnels, la bonne option… Un VIE est idéal en support, pas en fer de lance.

Enfin, essayons de faire en sorte que nos entreprises soient plus pragmatiques et organisées dans leur conquête de l’international et tentons de faire mentir les Chinois, qui ont coutume de dire que les Français sont surtout de grands romantiques !

Pour plus d’informations, contactez : Arnaud LEURENT (aleurent@all-winds.com)

Ces deux interventions se sont conclues par une séance de networking, qui a permis à chacun d’approfondir certains points abordés pendant les présentations et de réseauter.

Toute l’équipe du Club BDN vous souhaite un excellent été et vous donne rendez-vous le 10 septembre pour la reprise des réunions mensuelles.